Loi Carrez : calcul de la superficie, exclusions et recours en cas d'erreur

La loi Carrez impose au vendeur d’un lot de copropriété d’indiquer sa superficie privative dans la promesse et dans l’acte notarié. Cette surface compte les planchers clos et couverts dont la hauteur atteint 1,80 mètre, murs et cloisons déduits. Un écart de plus de 5 % ouvre à l’acquéreur une réduction du prix.
Ce que le mètre retient, et ce qu’il laisse dehors
Le texte fondateur tient en peu de lignes. La loi n° 96-1107 du 18 décembre 1996 a inséré l’article 46 dans la loi n° 65-557 du 10 juillet 1965 fixant le statut de la copropriété, et le décret n° 97-532 du 23 mai 1997 en a fixé la méthode de calcul. Depuis, la définition n’a pas bougé.
La superficie privative correspond à la surface des planchers des locaux clos et couverts, après déduction des surfaces occupées par les murs, les cloisons, les marches et cages d’escalier, les gaines, ainsi que les embrasures de portes et de fenêtres. Chaque poste retiré fait mécaniquement baisser le chiffre annoncé.
La règle des 1,80 mètre décide de tout
Le décret de 1997 écarte les parties de locaux dont la hauteur reste inférieure à 1,80 mètre. Cette seule phrase explique la majorité des mauvaises surprises au moment du mesurage.
Sous un rampant de toiture, la surface au sol peut atteindre 30 mètres carrés quand la superficie Carrez plafonne à 18. Une mezzanine basse de plafond disparaît intégralement du décompte. Un souplex à hauteur limitée subit le même sort, même s’il est chauffé, éclairé et occupé toute l’année.
Attention au raisonnement inverse : la hauteur ne suffit jamais à elle seule. Le local doit aussi être clos et couvert. Une terrasse de 20 mètres carrés reste hors décompte quelle que soit sa taille, faute de couverture.
Les déductions qui font fondre la surface
Trois postes pèsent lourd dans un appartement ancien :
- les murs porteurs et les cloisons intérieures, souvent épais dans les immeubles haussmanniens
- la cage d’escalier intérieure d’un duplex, marches comprises
- les gaines techniques verticales et les coffrages
Résultat ? Entre la surface au sol qu’un acheteur mesure lui-même du mur au mur et la superficie Carrez officielle, l’écart dépasse fréquemment 5 mètres carrés sur un trois-pièces. Ce n’est pas une erreur du diagnostiqueur, c’est la méthode légale.

À quels biens la mention s’impose vraiment
La loi Carrez vise la vente d’un lot ou d’une fraction de lot de copropriété. Le critère est juridique, pas architectural. Un appartement, un local commercial, un bureau ou une maison de ville placée sous statut de copropriété entrent dans le champ.
Une maison individuelle sur terrain privatif, hors copropriété, échappe à cette obligation. Le vendeur peut faire mesurer son bien pour rassurer les acquéreurs, mais aucune sanction spécifique ne le guette en cas d’écart.
Trois catégories restent exclues par le texte lui-même :
- les caves
- les garages et emplacements de stationnement
- les lots ou fractions de lots d’une superficie inférieure à 8 mètres carrés
Cette dernière exclusion surprend souvent. Une chambre de service de 7 mètres carrés vendue comme lot autonome n’a pas à porter de mention de superficie. Vendue avec l’appartement principal comme partie du même lot, la question se pose différemment et mérite l’avis du notaire.
La location relève d’un autre régime. Un bail d’habitation vide affiche une surface habitable au sens de la loi Boutin, jamais une surface Carrez.
Un cas revient souvent chez les notaires : la vente en l’état futur d’achèvement. Le promoteur communique en surface habitable pendant la commercialisation, alors que l’acte de vente du lot achevé portera une superficie Carrez. Le second chiffre dépasse parfois le premier de plusieurs mètres carrés lorsque le programme prévoit des loggias fermées. Comparer deux annonces de programmes neufs sur la seule base des surfaces affichées n’a donc guère de sens sans vérifier quelle règle chaque promoteur applique.
Carrez, habitable, plancher : trois surfaces, trois usages
La confusion entre ces notions alimente une bonne part des litiges. Chacune répond à un texte distinct et sert un moment précis de la vie du bien.
La surface habitable est définie à l’article R156-1 du code de la construction et de l’habitation, issu de la recodification opérée par le décret n° 2021-872 du 30 juin 2021. Elle applique les mêmes déductions de murs et la même règle des 1,80 mètre, mais écarte en plus les combles non aménagés, les caves, les sous-sols, les remises, les garages, les terrasses, les loggias, les balcons et les vérandas.
| Critère | Superficie Carrez | Surface habitable |
|---|---|---|
| Texte de référence | Décret du 23 mai 1997 | Article R156-1 du CCH |
| Moment d’usage | Vente d’un lot de copropriété | Bail d’habitation, dossier d’aides |
| Véranda close et couverte | Comptée si 1,80 m | Exclue |
| Balcon, loggia couverte | Comptée si close et couverte | Exclue |
| Combles non aménagés | Comptés si clos, couverts et 1,80 m | Exclus |
| Cave, garage | Exclus | Exclus |
Un même appartement affiche donc parfois une superficie Carrez supérieure à sa surface habitable. Une véranda vitrée de 12 mètres carrés suffit à créer l’écart. La logique inverse ne se rencontre pas : à périmètre égal, la surface habitable ne dépasse jamais la superficie Carrez.
La surface de plancher, elle, ne concerne ni la vente ni la location. Elle sert au calcul des autorisations d’urbanisme et des taxes d’aménagement. Citer une surface de plancher dans une annonce de vente n’a aucune valeur juridique face à un acquéreur.
Le mesurage en pratique : qui, combien, jusqu’à quand
Aucun texte n’impose de faire appel à un professionnel certifié pour le mesurage Carrez, contrairement au diagnostic de performance énergétique ou au repérage amiante. Un vendeur peut mesurer lui-même son lot.
Sauf que la responsabilité de l’erreur pèse alors entièrement sur lui. Confier le métrage à un diagnostiqueur déplace le risque vers l’assurance de responsabilité civile professionnelle de ce dernier. Le coût de cette sécurité reste modeste : les tarifs constatés sur le marché en 2026 s’échelonnent de 80 à 150 euros selon la surface et le nombre de niveaux.
La durée de validité du certificat est illimitée. Un seul événement le périme : des travaux modifiant la superficie. La suppression d’une cloison, la pose d’un escalier intérieur, l’aménagement de combles ou la fermeture d’une loggia imposent un nouveau mesurage avant toute revente.
Le vendeur avisé sort le certificat au moment de fixer son prix, pas la veille de la signature. Une superficie inférieure à celle de l’annonce découverte trois jours avant l’acte authentique rouvre la négociation dans les pires conditions. Le sujet se traite en même temps que les autres diagnostics immobiliers obligatoires, dès la mise en vente.

Superficie fausse : deux recours, deux délais très courts
L’article 46 organise deux sanctions distinctes. Elles ne visent pas le même défaut et ne se déclenchent pas au même moment.
Mention absente : l’action en nullité, un mois
Si la superficie ne figure pas dans l’acte authentique, l’acquéreur peut demander la nullité de la vente. Le délai court à compter de la signature de l’acte et s’éteint au bout d’un mois.
Une nuance protège la transaction. Quand la mention manque dans la promesse ou le compromis de vente mais figure bien dans l’acte notarié, l’action en nullité devient impossible. La régularisation chez le notaire purge l’omission antérieure.
Écart supérieur à 5 % : la réduction du prix, un an
C’est le recours le plus fréquent. Lorsque la superficie réelle mesurée s’avère inférieure de plus de 5 % à celle mentionnée dans l’acte, l’acquéreur saisit le juge d’une demande de diminution du prix, proportionnelle au nombre de mètres carrés manquants. Le délai maximum est d’un an à compter de l’acte authentique.
Le calcul mérite un exemple concret. Un appartement vendu 300 000 euros pour 60 mètres carrés annoncés revient à 5 000 euros le mètre carré. Un mesurage contradictoire révèle 56 mètres carrés, soit un déficit de 6,67 %. Le seuil est franchi. La restitution porte sur les 4 mètres carrés manquants, soit 20 000 euros, et non sur la seule fraction excédant les 5 %.
Trois précisions font toute la différence en contentieux :
- l’écart s’apprécie par rapport à la superficie portée dans l’acte authentique, jamais celle de l’annonce
- un excédent de surface ne donne droit à aucun supplément de prix pour le vendeur
- le délai d’un an est un délai de forclusion : passé la date, la demande est irrecevable, même bien fondée
Un acheteur qui découvre l’écart quatorze mois après la signature perd son recours Carrez. Il lui reste d’autres voies, plus étroites, du côté du dol ou du vice caché, avec une charge de la preuve nettement plus lourde.
Les erreurs de mesurage qui reviennent le plus souvent
Certains locaux concentrent l’essentiel des litiges. Les repérer avant la signature évite un an de procédure.
La véranda arrive en tête. Close, couverte et haute de plus de 1,80 mètre, elle entre dans la superficie Carrez. Non chauffée, elle sort de la surface habitable. Un bien annoncé sur la base d’un chiffre et vendu sur la base de l’autre crée l’écart parfait.
Le souplex vient ensuite. La partie en sous-sol compte si elle est close, couverte et suffisamment haute, sans considération d’usage ni de confort. Une hauteur de 1,75 mètre suffit à effacer une pièce entière du décompte.
Les combles aménagés créent le litige le plus coûteux. Un vendeur mesure la totalité du niveau et annonce 25 mètres carrés supplémentaires ; le diagnostiqueur retire tout ce qui passe sous 1,80 mètre et n’en retient que 14. Sur un bien affiché à 4 000 euros le mètre carré, l’écart pèse 44 000 euros et franchit largement le seuil de 5 %. Le mesurage se fait au cordeau, à hauteur de 1,80 mètre exactement, en suivant la ligne de rampant pièce par pièce.
Les placards intégrés comptent, dès lors qu’ils reposent sur le plancher et s’ouvrent sur la pièce. Une cage d’escalier de duplex, à l’inverse, se déduit à chaque niveau qu’elle traverse.
Dernier réflexe utile pour l’acquéreur : comparer le certificat Carrez avec le tantième porté au règlement de copropriété. Une divergence marquée signale souvent une modification de lot jamais régularisée, sujet qui rejoint celui de la répartition des charges.

Prochaine étape pour un vendeur : faire établir le certificat avant la première visite, et reporter le chiffre exact dans l’annonce. Pour un acquéreur : mesurer soi-même les pièces principales le jour de la visite, puis confronter le total au certificat avant de signer chez le notaire. Un écart repéré à ce stade se négocie, il ne se plaide pas.


